Artiste Universel, Provocateur en roue libre, Warhol était aussi un addict tv. au point de vouloir en devenir de héros. En précurseur de la télé-réalité, il a créé ses propres programmes de présentateur voyeur... Ses exercices de style, ovnis prémonitoires, font aujourd'hui l'objet d'une exposition qui vaut le détour.
25 Janvier 1980. « Quand je suis rentré à la maison, j'était encore tendu, j'ai pris un cognac. Ça m'a conduit au tiroir à bonbons qui m'a conduit à la télé que j'ai regardé toute la nuit.. » Andy Warhol est un super téléphage. Voilà un excès qu'il se permet. « La télévision est si importante dans ma vie que je regarde deux écrans couleur à la fois, en doublant mon plaisir, toujours au lit, généralement lorsque je parle au téléphone avec quelqu'un qui regarde la même chose. Quelquefois, je change du noir et blanc à la couleur. C'est très beau. Le mythe incarné de l'art de la deuxième partie du Xxe siècle, l'homme des « quinze minutes de célébrité », l'artiste emblématique de la société de consommation, avait compris très tôt que la télévision serait la reine, un vecteur d'expression capital. Warhol capteur des grandes tendances de la société est aussi le fils spirituel de Marcel Duchamp. L'artiste Dada disait : J'aime bien l'esprit de Warhol. Ce n'est pas un peintre ou un cinéaste. C'est un filmeur .»
En fait, Andy Warhol est un voyeur de son temps. Alors il prend des photos, sans cesse, il enregistre avec son magnétophone les gens qu'il rencontre et les filme. Il reste des kilomètres de bandes filmées des gens passés à la Factory. Mais Warhol va aller beaucoup plus loin. Il va inventer sa propre télévision. Cette histoire-là commence d'une certaine manière en 1963. Il réalise un film en 16mm de 70 minutes qui s'appelle Soap Opera. Une jeune femme bavarde. Son discours est entrecoupé de publicités fournies par un producteur télé. Warhol fait de la télé-réalité au sens propre du terme. Autrement dit, il signe par l'art de la télévision.
1973. Il tente de créer des espèces de télénomies dans lesquelles il fait toujours le même : suivre un thème précis -l'histoire de filles qui vivent dans un même immeuble, des gens qui parlent au téléphone, des scènes de disputes entre amis -mais laisser les acteurs improviser. Comme il s'agit de comédiens non professionnels, ils jouent ce qu'ils sont. Voilà une autre forme de télé-réalité. L'historien de l'art John Richardson, un des plus fameux spécialistes de Picasso, qui était un ami d'Andy, a participé à l'un de ses films, Vivian Girls. « Andy m'a dit un jour : « Je vais te mettre dans un des mes films, dans un Soap Opera. « Moi, je ne savais pas ce que c'était. Il m'a dit que c'était parfait, que c'était encore mieux si je n'en avais jamais vu. Andy n'était pas un homme directif. Il disait : « Oh ye you stand there. You dont do anything. Tu es mystérieux. Oh that's just great ! Wouaw ! » Andy pensait que ses films seraient diffusés partout. Que ça porterait ses fruits. Pour lui, le film, c'était un appareil photo en mouvement. Andy s'identifiait à l'appareil. Il était un « recording angel ». La télé, c'est l'obsession de l'enregistrement chez Warhol. » Enregistrer, oui. Mais diffuser son image à travers l'écran, c'est encore mieux.
1979. Il crée une émission qui sera diffusé sur le câble. Son nom : Fashion. Le petit monde Warholien s'y retrouve donc pour y parler à bâtons rompus de la mode. Il y a Diana Vreeland, grande prêtresse de Vogue dans les 60's, assise dans son salon, qui converse avec Henry Geldzahler, le commissaire d'exposition du Metropolitan Museum. Le sujet : ses souvenirs parisiens ou la beauté des surfers au bord de la plage. Il y a Debbie Harry, qui raconte sa jeunesse et sa manière de s'habiller, et aussi de jeunes mannequins tellement sexy qui prennent une douche avant de donner leurs sensations sur leurs début dans ce métier... La suite, c'est deux émissions Andy Warhol TV - « ce sont des interviews de gens, simplement des gens qui parlent face à la caméra » - puis Andy Warhol's fifteen minutes - qui dure en fait trente minutes -qui seront diffusées sur le câble et que personne ne remarquera vraiment à l'époque. On y voit, en vrac, la police montée de Central Park en train de se préparer ; Jean Michel Basquiat qui parle en compagnie de son copain Warhol de la nouvelle boite de nuit incontournable ; le tout jeune Marc Jacobs perché sur une échelle (de Jacobs) qui évoque les tendances de sous-vêtements portés comme des vêtements ; Steven Spielberg, allongé sur un lit dans une chambre d'hôtel, qui raconte à Bianca Jagger comment son objectif, étant petit, était de faire peur à ses s½urs, ou le travesti Divine qui se fait maquiller à côté du réalisateur de films John Waters qui déclare détester tout ce qui peut paraître authentique. La télé de Warhol est une télé nature. Nature pas au sens vert du terme, mais au sens vrai, urbain.
La dernière émission d'Andy Warhol's fifteen minutes retransmet en 1987 l'oraison funèbre de l'artiste, qui vient de mourir à la suite d'une opération présumée bénigne. Warhol aura appartenu au monde de la télévision jusqu'à sa mort.
Warhol TV : Maison Rouge, Fondation Antoine de Galbert, Paris.
Du 18 Février au 3 Mai. Tel : 0140010881 www.lamaisonrouge.org

