Dawn your guise has filled my nights with fear
At each closing of my eyes
You never see these pictures in my mind
Can you follow me
I cannot understand the way I feel
Until I rest on lawns of dawns
Can you follow me..follow me..
En 1878, Redon est émerveillé par le plafond de la Galerie d'Apollon (Louvre) où Delacroix, d'une façon étonnamment baroque, met en scène le combat qui conduira Apollon à tuer de ses flèches le dragon Python, libérant ainsi la ville de Delphes. Redon écrit ainsi son admiration devant l'ampleur que prend le sujet, du fait de la portée symbolique et du pouvoir évocateur de la couleur : "C'est le triomphe de la lumière sur les ténèbres. C'est la joie du grand jour opposée aux tristesses de la nuit et des ombres et comme la joie d'un sentiment meilleur après l'angoisse . L'attribut de chaque dieu devient inutile, tant la couleur se charge de tout dire et d'exprimer juste". Lorsqu'il traite le thème du Char d'Apollon, Redon épure considé-rablement la composition : il ne retient du plafond de Delacroix que le motif des quatre chevaux cabrés dans un mouvement violent, le char et le dieu au manteau flottant qui dirige son quadrige. Le serpent ici a disparu. Un autre mythe a vivement impressionné Redon : celui de la chute de Phaéton, au moment où le fils du Soleil, quittant la route tracée dans l'espace, est foudroyé par Jupiter. Dès 1896, le Char du Soleil est représenté basculant dans l'abîme dans la planche XVI de la Tentation de saint Antoine. Les deux thèmes, mythe de Phaéton et légende d'Apollon, ont été traités parallèlement et à maintes reprises "Un fantastique décor de rochers rouges aux replis profonds", voilà ce qui fait la particularité de cette version du char d'Apollon. La vision surgit du contraste entre la couleur rouge d'argile des roches, du char et des chevaux, et le bleu évanescent du ciel dans lequel montent les coursiers divins, y déployant leur force vigoureuse soudain libérée des lois de la pesanteur. Redon renoue avec les thèmes formulés instinctivement par Delacroix. Apollon devient l'Esprit victorieux des ténèbres dans l'envol de son char : c'est une allégorie. En même temps, les lignes et les couleurs jouent un rôle symbolique. Les chevaux cabrés d'Apollon reprennent, mais en l'accomplissant, la course de Phaéton vers la source lumineuse. Dans toute la série de ses Chars d'Apollon, Redon parvient à l'ultime phase de son art de visionnaire et de poète, jusque vers 1910. On retrouve Le Char d'Apollon pour la dernière fois dans le panneau Le Jour exécuté pour la Bibliothèque de l'Abbaye de Fontfroide, et achevé à l'automne de 1911.
La couleur, d'abord récusée dans ses "Noirs", alors que Redon vivait dans un monde de phantasmes angoissants, resurgit au tournant du siècle et exprime à la fois une joie, un apaisement ainsi que "l'irradiation suprême de l'Esprit". Elle est associée à l'accession à un monde spirituel. L'élan du Char d'Apollon est presque vertical, et cette ascension vers la lumière correspond au cheminement moral de l'artiste vers la fin de sa vie.